L'histoire de Saint-Martin

Des Arawaks à nos jours : la fascinante histoire de l'Ile de Saint-Martin

L’île de Saint-Martin, située au nord de l’archipel des Petites Antilles, a une histoire riche et complexe, marquée par les migrations indigènes, les conquêtes européennes, les rivalités coloniales, l’esclavage et une construction unique de cohabitation binationale. Son histoire est étroitement liée à sa position stratégique dans la mer des Caraïbes, à ses ressources naturelles, et à sa capacité à se réinventer face aux bouleversements.

Bien avant l’arrivée des Européens, Saint-Martin était habitée par les Arawaks, un peuple pacifique venu d’Amérique du Sud. Ces premiers habitants pratiquaient l’agriculture, la pêche et le troc. Ils avaient un profond respect pour la nature et vivaient en harmonie avec leur environnement. Les vestiges archéologiques, comme les poteries et les outils retrouvés sur le site de Hope Estate, témoignent de leur présence.

Les Arawaks furent progressivement remplacés par les Caraïbes, un peuple plus guerrier, qui donna son nom à l’ensemble de la région. Ils appelaient l’île «Soualiga», ce qui signifie «terre salée», en raison des nombreuses zones de marais salants présents sur l’île. Ces ressources en sel joueront un rôle majeur dans l’histoire future de Saint-Martin

Le 11 novembre 1493, Christophe Colomb aperçoit l’île lors de son deuxième voyage et la baptise «San Martin». Toutefois, les Espagnols ne s’y installent pas durablement, préférant des îles plus grandes et stratégiques. Ce vide laisse la place à d’autres puissances européennes, notamment les Français et les Hollandais, qui voient dans Saint-Martin un intérêt à la fois commercial et militaire.

Dès 1624, les Hollandais installent un petit poste pour exploiter le sel, ressource alors très convoitée. Les Français, eux, s’intéressent à l’île pour sa proximité avec la Guadeloupe. Des affrontements réguliers ont lieu entre colons hollandais et français, jusqu’à ce qu’un compromis soit trouvé.

En 1648, un accord historique est signé : le traité du Mont des Accords. Ce traité unique en son genre divise pacifiquement l’île entre la France et les Provinces-Unies (Pays-Bas). La frontière n’est pas fixe, mais mobile, évoluant selon les territoires occupés par chaque puissance. Cela entraînera de nombreux redécoupage territoriaux jusqu’à la fin du XIXe siècle.

La cohabitation entre les deux nations reste relativement paisible, malgré quelques tentatives de prise de contrôle total de l’île par l’une ou l’autre. Ce partage, rare à l’échelle mondiale, fait aujourd’hui encore de Saint-Martin la plus petite île au monde partagée entre deux pays souverains.

Dès la fin du XVIIe siècle, Saint-Martin se transforme en société de plantation, avec le développement de la culture de la canne à sucre, du coton et du tabac. Pour assurer cette production, les colons importent des esclaves africains en grand nombre. L’esclavage devient le pilier économique de l’île durant plus d’un siècle.

Les conditions de vie des esclaves y sont très dures, avec des révoltes sporadiques. Côté français, l’esclavage est aboli en 1848, tandis qu’il ne l’est qu’en 1863 côté hollandais. Cette inégalité de traitement renforce les disparités entre les deux moitiés de l’île et entraîne des mouvements de populations dès 1848, les esclaves du sud fuyant vers le nord pour recouvrer la liberté. Après l’abolition de l’esclavage, la production agricole décline fortement et l’île entre dans une longue période d’appauvrissement.

Le XXe siècle marque l’émergence du tourisme, surtout à partir des années 1960. Le côté néerlandais ouvre l’aéroport Princess Juliana, et accueille les premières croisières internationales. Le tourisme devient peu à peu le moteur principal de l’économie de l’île, générant de nombreux emplois dans l’hôtellerie, la restauration, le transport et le commerce. Côté français, l’ouverture des plages, des résidences de luxe et des activités nautiques favorise cet essort.

En septembre 1995, l’ouragan Luis, classé en catégorie 4, frappe l’île de Saint-Martin, causant des dégâts dévastateurs sur les infrastructures, les habitations et le littoral. Avec des vents à plus de 230 km/h, il a laissé l’île partiellement détruite et profondément marquée pour des années.

En 2007, la partie française devient une Collectivité d’Outre-mer distincte de la Guadeloupe. Côté néerlandais, Sint Maarten devient en 2010 un pays autonome au sein du Royaume des Pays-Bas, suite à la dissolution des Antilles néerlandaises. Cette autonomie permet à chaque partie de décider de ses politiques locales, bien que certaines compétences restent partagées avec les États-membres respectifs.

En 2017, l’ouragan Irma frappe violemment l’île, causant des destructions massives. La reconstruction est lente, mais illustre la résilience de la population, ainsi que la solidarité entre les deux parties de l’île. Depuis, les efforts de redéveloppement misent sur un tourisme durable, une meilleure gestion de l’environnement, et une coopération renforcée entre les deux entités.

La petite histoire

On raconte que lorsque Français et Hollandais décidèrent de partager l’île de manière pacifique, ils organisèrent une course. Un soldat français et un soldat hollandais partirent dos à dos de la côte, chacun longeant le rivage dans des directions opposées. L’endroit où ils se retrouvèrent déterminerait la frontière entre les deux territoires.
Le Français aurait bu du vin avant de partir, tandis que le Hollandais aurait bu du gin. Plus en forme, le Français aurait marché plus vite et plus loin, ce qui expliquerait pourquoi la partie française est plus grande (53 km²) que la partie néerlandaise (34 km²).
Certains disent que le Hollandais aurait triché en marchant moins près de la côte, ce qui aurait été découvert et corrigé lors du traçage final. Bien sûr, il s’agit là d’une fable, car le véritable partage fut établi par le traité du Mont des Accords, signé le 23 mars 1648, après de nombreuses négociations.

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